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TRADUCTION DE ABADAA BOUROUQ DE SEYDI EL HADJ MALICK SY(rta) أبدا بروق تحت جنح ظلام

[1- أبدا بروق تحت جنح ظلام أم وجه مية أم ربوع شمام
1°) A la faveur de l’obscurité parmi ces trois éléments lequel m’a –il ébloui : l’éclair, le visage de Mayya ou les campements de la Syrie (Chàm) ?

2- إن الربوع بشارتي وأمانتي وربيع قلبي وهى خير شيام
2)Ces campements représentent certes pour moi source de joie et de sécurité.
Et le printemps de mon cœur en est la marque distinctive la meilleure.

3
- والدمع إذ بعدت ربوع ربوعنا جار وجارح منحر بسهام
3°) Quelle que soit la distance, les larmes de passions[1] coulent à flots en blessant, a l’instar de la flèche qui a atteint sa cible.

4- مه عاذلي لو حزت علما لم تلم هل عذل مثلي لم يكن بحرام
4°) Même si tu en sais quelque chose abstient-toi de formuler des blâmes à mon endroit. Car, il apparaît manifeste que je suis tout à fait excusable.

5- ملأ الفؤاد قضاة شوقي والهوى ألما ووجدا يا لطول هيام
5°) Mon amour[2] ne cesse de s’accroître alors que les censeurs pensent m’accabler de chagrins et de douleurs

6- يا عاديا يعلو السناد فبلغن سلعا وسل عن جيرتي بسلام
6°) Oh toi le matinal, ta perplexité semble atteindre son paroxysme.
Dès lors, prend le chemin de Médine et questionne mes voisins en toute quiétude.

7- فأربع على مجنون ليلى إن لي داء دويا ما أبل سقام
7°) Soit indulgent envers moi. Car, je suis semblable à Majnun Layla[3]. En effet, l’amour du Prophète (PSL) est la seule maladie grave qui me ronge. Et c’est lui seul qui peut en même temps soulager ma passion.

[1] Passion à l’endroit du Prophète (PSL).
[2] Amour à l’endroit du Prophète (PSL).
[3] Il s’appelle Abdou Rahman Ibn Khays. Son amour envers sa cousine Layla était tellement démesuré qu’on le surnomma Majnoun Layla (le fou de Layla).

8- واقرأ سلاما تفشيه من حب إلى ناس هديت همام
8°) Et transmets à l’occasion un salut fraternel, prélude pour divulguer publiquement mon amour qui est à même d’ébranler les plus intrépides.

9- بين لهم تبيين بر صادق إني بهم حلف الجوى وغرام
9°) Mieux, clarifie pour tous un amour sincère de ma part. Je suis pour la circonstance, un allié inconditionnel de la passion.

10- يا رب ليل بت سامر أنقد متجاوبا متساجلات حمام
10°) Combien de nuits j’ai passées sans fermer les yeux, mû par l’amour prophétique, me posant des questions et enregistrant les réponses à chaud

11- أرعى الكواكب في الصريم كأنها شدت بأهدابي صمام صمام
11°) Nuits pendant lesquelles je contemplais les astres[1] comme s’ils renforçaient silencieusement les pans de l’édifice architectural de mon amour.

12- عتم ظراف كمل لا كنهم لم يعرفوا النقرى بوقت هشام
12°) Généreux, ils l’étaient. D’esprit chevaleresque, les compagnons du Prophète (PSL) faisaient preuve d’affabilité, surtout aux heures de repas.

13- عدل كرام معدنا لا كنهم نالوا لدى التقسيم خير سهام
(13) Justes et équitables de nature, ils ont obtenu la part du lion au moment du partage.

14- الطيبون معاقدا لاكنهم من جودهم قطرات غيث ركام
(14)-En tout lien, ils exhibaient des signes de bonté. Leur libéralité est à l’image des gouttes d’eau d’une abondante pluie.

15- لا عيب فيهم غير أن جموعهم سم العداة سعود كل إدام
(15)-Ils sont incomparables en matière de droiture tout en symbolisant un poison pour l’ennemi.

[1] Ici astres fait allusion aux Compagnons du prophète (PSL)

16- عسل صفاة معتفون نوالهم ينسون أهلهم لطيب مقام
(16)-Sur le plan moral, ils étaient tellement altruistes qu’ils s’oubliaient eux-mêmes intériorisant ainsi des qualités prophétiques.

17- وهم النجوم لمقتد بسمائهم بدر الدجى منه انجلاء ظلام
(17)-Ils représentaient des étoiles brillantes dans le ciel assombri au début de la prophétie.

18- شمس الهدى منه نهار وجودنا أكرم ببدر أول وختام
(18)-Le soleil de la rectitude[1] éclaire en un mot notre existence. Qu’il est généreux la pleine lune[2] du début à la fin.

19- مذ كان أطلع قد أتى فوز لنا والكفر في كفر بدا وسدام
19°) Depuis son apparition, il est source de triomphe pour la Umma.
Les négateurs de sa mission sont éternellement dans le regret.

20- أوقى وأوفى قطبنا وإمامنا وزرا وعهدا من جميع أنام
20°) Parmi les créatures, notre pôle, notre imam[3] est le plus enclin à préserver l’héritage et à la fidélité au pacte prééternel.

21- وبخيله وبخيره جلب الورى ولمن أجابوا نيل خير المرام
21°) Par ses chevaux et par ses actes de bienfaisance, il a entamé le processus de réalisation de ses vœux.
Et tous ceux qui ont positivement répondu à son appel en ont témoigné.

22- هو سرنا هو نورنا هو مجدنا وهو المشفع عند يوم الخصام
22°) Le Prophète (PSL) symbolise à la fin le secret de la Création et de la gloire, la source lumineuse du Créateur et l’intercesseur au jour du Jugement

23- وسعادة وأمانة ومكانة ومفازة غنم وخير إمام
23°) Il est le meilleur imam, bénéficiaire du bonheur éternel, de la loyauté, d’un rang inégalé et d’une réussite incomparable.

[1] Ici le Prophète Muhammad (PSL)
[2] Ici le Prophète Muhammad (PSL)
[3] Ici l’imam, c’est le Prophète Muhammad (PSL)

24- وصبيح صبح فخره متأثل من ءال بيت مصطفين كرام
24°) Il symbolise en clarté la candeur de l’aurore. Son honneur renvoie à son ascendance Quraychite.

25- وضليع فم ثغره كبروق أو حب الغمام لدى ابتداء بسام
25°) Sa bouche était d’une rondeur attrayante. Et lorsqu il commençait à sourire, son interstice dentaire, d’une blancheur immaculée ressemblait à de l’éclair ou à de la Grêle.

26- إبريق سام عنقه قل عرقه كلئالى بل فوقها بمقام
26°) Son cou est à l’image d’une cruche bien conçue. Affirme que sa sueur est comparable à des perles précieuses. Plutôt, elles les dépassaient en valeur.

27- ومر جل سبط العظام مطيب وكأن في العرنين وصف شمام
27°) Les cheveux de l’Elu étaient toujours bien peignés. Un parfum exquis exhalait comme si l’air qui sortait de son nez embaumait tout son être.

28- في كفه خير الشفاء ورحمة إشباع جوع وانهلاك لئام
28°) La paume de sa main est source de guérison et de miséricorde. Une poignée de mil du Prophète (PSL) en période de soudure a produit un miracle[1].
De même une poignée de sable du Choisi[2] a entraîné la déroute dans le camp ennemi.

29- في كفه ريح تفوح وتزدرى ريح الخزامى أو صفى مدام
29°) De sa paume jaillit une odeur exhaltante, odeur de lavande d’une pureté rarement égalée.

30- أصحابه قد يرتوون جميعهم وتوضئوا من ماء فيض بنام
30°) Ses compagnons, dans leur totalité, se sont désaltérés des eaux provenant de son célébré flux.

31- وحصاتها قد سبحت تسبيح من حاز الحصاة ففار ما ذمام
31°) Les pierres de la Mecque ont entonné toutes ensemble avec le Prophète (PSL) la glorification d’Allah. Aussitôt, une source jaillit comme par enchantement.

[1] Trois mille (3000) soldats y ont mangé à leur faim
[2] Le Choisi : le Prophète Muhammad (PSL)

32- وبريقه فيض القليل شفاء دا ء سل عليا كيف ريق إدام
32°) Le flux divin a déteint sur sa salive. A ce propos, demande à Alioune Ibn Abi Talib[1] comment il fut guéri de sa maladie.

33- وبريحه ملح أجاج سلسل أكرم بهادي المهتدين حمام
33°) Honore le prototype des vertueux. Car sa salive a produit un enchaînement de sel saumâtre.

34- سل عتبة ريق النبي المصطفى مص اللسان به انتفاء أوام
34°) Questionne Utba[2] sur l’efficience de la salive de l’Elu. Le fait de sucer sa langue a étanché la soif de deux nourrissons[3]

35- رضعاؤه رضعا البتول بريقه اس تغنو بعاشوراء يا لإمام
35° ) Le jour du Ächoura (Tamkharit), les nourrissons de Fatima La Vierge se sont contentés de sa salive pour se passer du lait maternel.

36- يا رب من قد سل من عرق النبي أكرم به طيبا بطيب إزام
36°) Nombreux sont ceux qui ont bénéficié des vertus salvatrices de la suer du Prophète (PSL) dès lors, aucun parfum ne pouvait égaler cette odeur de sainteté.

37- طيب وماء قد تسلسل ريقه عسل مذاقته دواء عقام
37°) Cette salive produisait à la fin de l’eau douce et du parfum.
Cette eau avait un goût mielleux. Aucune maladie, si dangereuse soit elle, ne pouvait lui résister.

38- وخلوق أفواه لمن بايعناه خمسا نفاه بمضغه للحام
38°) Cinq femmes venues lui prêter allégeance, souffraient d’une odeur buccale putréfiable. Un morceau de viande mastiqué par le Prophète (PSL) a eu, pour elles, un effet salvateur.

[1] Lors de la guerre de Badr, Alioune fut atteint d’une terrible maladie ophtalmique. Au bord du désespoir, le Prophète (PSL) le guérit par sa salive.
[2] Par sa salive, le Prophète (PSL) enleva les mauvaises odeurs qui provenaient de son corps.
[3] Il s’agit de Hassan et de Hussein (petits-fils du Prophète (PSL).

39°) En marchant sur le rocher, l’Elu a apaisé ses effets dévastateurs. Et les traces de ses pieds y ont laissé une marque indélébile.
39- وبرجله تسكين صخر قل لها أثر متى تمشى فويق إكام

40- تكفإ يمشى الهوينا لالها في السهل من اثر ولا بشيام
40°) Quelle que soit la nature du sol – sur une plaine ou sur du sable fin- sa marche ne laisserait point de trace.

41- توصيفه بالزهد عين جهالة هل كان إقبال لخير إمام
41°) Le décrire comme ascète serait source d’ignorance. Et aller à sa rencontre révèle qu’il est le meilleur guide.

42- بدر سرى ليلا يناجى ربه وله الإمامة قر عند سلام
42°) Le voyage nocturne du Prophète (PSL) a fini par une confidence secrète avec son Seigneur.
Sa qualité de guide a été confirmée auprès du Créateur.

43- أكرم بمن جبريل من خدامه ميكال إسرافيل شمس عيام
43°) Honore celui qui compte parmi ses serviteurs Jibril, Mikaël et Isrâfil dont la clarté est supérieure au soleil à son zénith.

44- هو حامد هو أحمد ومحمد وهو المناجى حاز طيب كلام
44°) Il est Hàmid ; il est Ahmad ; il est Muhammad[1]. Il est celui qui a fait l’objet de la confidence nocturne durant laquelle il a reçu la meilleure parole.

45- ومبشر هاد بشير مرتضى وهو الإمام لمسجد وصرام
45°) Annonceur de bonnes nouvelles, guide bénéficiant des bonnes grâces du Seigneur, le Prophète (PSL) est l’imam incontesté tant à la mosquée qu’en période de guerre.

46- ومخير يختار نيل عبودة لهوان دار هي شر مقام
46°) Le Préféré a choisi la meilleure forme d’adoration (celle d’Allah) compte tenu du caractère dédaigneux de cette vie terrestre.
[
1] Hàmid signifie celui qui rend grâce à Dieu ; Ahmad : le digne de louanges ; Muhammad : le loué

47- وله إمام من تنهج نهجه يسلك إماما كان خير إمام
47°) Celui qui suit la voie de l’imam est bel et bien en train d’emprunter le meilleur chemin.

48- من قال مثل البدر يا جهلا له أو لم يكن من نور طب إزام
48°) Qu’il est sot celui qui ne veut pas imiter la pleine lune ou bien il ne bénéficie pas d’une bonne ascendance.

49- بدر تمنى الأنبياء مقامه ولقائه إذ جات نيل مرام
49°) Pleine lune symbolisant le point de mire de tous les Prophètes qui souhaiteraient le rencontrer lors de l’ascension nocturne.

50- فصل يكون لأصله حمد إذا ما راء ساق العرش خير أسام
50°) Individualité dont l’origine remonte à la glorification
Le meilleur des noms lui vient de la proximité du Trône.

51- شمس الضحى أملت عشير ضيائه إذ فاتها اتمرت لأمر الإمام
51) Le soleil, au quart de sa course, envierait le dixième de la lumière prophétique s’il se conforme à l’ordre divin.

52- ولها حياء في بروز ظلالها من نوره كبروز ظل غمام
52°) Il éprouve une certaine confusion à apparaître concomitamment avec la clarté prophétique ; et cela à l’instar des nuages qui disparaissent dès l’apparition de la lune.

53- وانشق بدر إذ تمنى خائبا ليكون من خدام خير كرم
53. La lune s’est pourfendue lorsqu’elle fut désenchantée de faire partie des serviteurs du meilleur des plus honorés.

54- ليث به صار الليوث كقرده واللسن قد صاروا به كفدام
54°) Si métaphoriquement le Prophète (PSL) est assimilé à un lion, les vrais rois de la brousse deviennent ipso facto des singes.
Et en matière de rhétorique, tous les spécialistes bégaieraient devant lui.

55- إن النعامة في إتباع نعامة تبعت نعامته مريد سلام
55°) Tout aspirant à une paix véritable adopterait la Sunna prophétique comme méthode de vie

56- من عاق إيمانا ففي أيمانهم ما يدفعون عناد غير إدام
56) Celui qui s’en détourne s’obstine inexorablement vers l’infidélité.

57- فئة رضى قد بايعوه لربهم ورضاهم مولاهم بإمام
57°) Nombre de compagnons, mus par l’agrément divin, lui ont prêté serment d’allégeance. Leur satisfecit demeure le corollaire du Coran.

58- قوم أنوف آنفوا لغير ما يرضى إلها غافرا بدوام
58°) Ce sont des hommes dignes qui rejettent tout ce qui est à l’encontre de l’agrément divin. Car Allah est éternel pardonneur.

59- إن كنت باك فابك أصحاب النبي ما دمت باق سرت خير نظام
59°) S’il y a à attiser, il faudra déplorer la disparition des compagnons du prophète (PSL) tant qu’il te restera un soufflé de vie. Dès lors tu adopterais la meilleure discipline.

60- وبصاحب الخاتم خاتم الأنبياء فامنن علينا رب حسن ختام
60°) Oh Allah par la grâce du dépositaire de l’anneau, sceau des prophètes, accorde-nous une fin de vie meilleure.

61- يا منتهى الئامال يا رن الورى إني أتيتك لابسا بآثام
61°) Oh Seigneur de l’Univers symbolisant l’acmé (paroxysme) de mes espoirs, je suis venu frapper à votre porte, couvert de péchés.

62- ثم الصلاة مع السلام تباريا أمد الدهور على شفيع الأنام
62°) Tant qu’il y aura vie sur terre, paix et salut complémentaires sur l’intercesseur de la création,

63- والآل والصحب الكرام جميعهم ما لاح برق أو بدور ظلام
63°) Sur le siens et sur l’ensemble des généreux compagnons tant que l’éclair scintillera au fond des ténèbres. /.

Traduit par : Cheikh Tidiane Fall, Inspecteur de Spécialité à Saint- louis avec l’assistance de Khalifa Ababacar Mbaye, Maître d’Ecole Coranique – Léona- Saint-Louis.

Avec la colaboration de El Hadl Malick Sy Djamil Bordeaux]b

Traduit par par : Cheikh Tidiane Fall,

BOURDA ARABE

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« AL BOURDA OU POEME DU MANTEAU» en Francais

 POEME POUR LE MEILLEUR DES CREATURES MOHAMED LE BEAU, MOHAMED LE PUR, MOHAMED LE GENEREUX….

« Quel sujet fait couler de tes yeux des larmes mêlées de sang ? Le souvenir des voisins que tu as laissés à Dhou-Sélem est-il la cause de tes pleurs? est-ce le vent qui, soufflant du côté de Kadhéma, les rappelle à ta mémoire ; ou l’éclair brillant au milieu de l’obscurité, sur les hauteurs d’Idham, découvre-t-il à tes regards le lieu qu’ils habitent? Pourquoi tes yeux versent-ils des torrents d’eau, lors même que tu leur ordonnes de retenir leurs larmes? Pourquoi ton cœur, au moment où. tu lui dis : Reviens à toi, est-il dans une violente agitation? Celui que l’amour possède s’imagine-t-il tenir cachée la passion qui l’agite, lorsque deux parties de lui-même trahissent son secret ; ses yeux qui fondent en pleurs, et son cœur que consume une flamme ardente?

Ah ! si l’amour n’était la cause de ta peine, on ne te verrait pas verser des larmes sur les débris d’une, habitation abandonnée; le souvenir de ce ban et de cette colline ne te ravirait pas le sommeil. Et comment pourrais-tu nier que tu sois en proie aux tourments de l’amour, lorsque deux témoins irréprochables déposent contre toi, les pleurs que tu répands, et la maladie qui le consume ; lorsque la violence de ta passion a écrit ta conviction sur tes joues, en y traçant les deux lignes des pleurs et de la maigreur, et en leur imprimant les couleurs de la rose jaune et du bois d’anem?

Oui, l’ombre de ce que j’aime est venue me ravir le sommeil. Tel est l’effet de l’amour, il change nos plaisirs en cruels tourments.

O toi qui me reproches la violence d’un amour insurmontable, ma faiblesse est digne d’excuse, et si tu étais équitable, tu m’épargnerais tes réprimandes. Puissent les maux que j’éprouve retomber sur toi ! Mon secret ne saurait échapper aux regards des délateurs, et le mal qui me mine n’admet point de guérison.

Tu m’as donné de sages avis, mais je n’étais pas capable de les entendre ; car celui que l’amour domine est sourd à toutes les censures. La vieillesse même aux cheveux blancs n’a pas été à l’abri de mes soupçons injurieux, lorsqu’elle a voulu, par ses conseils, réformer ma conduite ; et cependant est-il des conseils moins suspects que ceux que donne la vieillesse?

Dans sa folie, le penchant violent qui m’entraîne vers le mal, n’a point mis à profit les sages avertissements des cheveux blancs et de l’âge décrépit. Incapable d’aucune bonne action, mon âme corrompue n’a pas même offert un repas hospitalier à l’hôte respectable qui était venu sans façon chercher l’hospitalité près de moi. Ah ! si j’eusse prévu que je ne lui rendrais pas les honneurs qui lui étaient dus, j’aurais déguisé par le jus du katam son secret que j’ai aperçu.

Qui ramènera de son égarement cette volonté rebelle et indomptable, ainsi que l’on gouverne avec un frein le cheval le plus fougueux ! Ne te flatte pas d’amortir la violence de ses passions, en t’abandonnant aux actions criminelles. Telle la nourriture ne sert qu’à augmenter la violence d’un appétit déréglé.

L’âme est semblable à un tendre enfant : si on le laisse suivre son penchant, il conservera en grandissant l’amour du lait maternel ; mais si on l’en prive, il se sèvrera de cet aliment.

Détourne donc ton âme de l’amour auquel elle se livre, garde-toi de souffrir qu’il domine chez elle; car où l’amour règne sans obstacle, il donne la mort, ou bien il couvre d’ignominie. Veille sur elle au milieu de ses actions, ainsi qu’un berger veille sur ses troupeaux au milieu des pâturages ; et quand même le pâturage lui paraîtrait agréable, ne permets pas qu’elle y paisse à son gré. Combien d’hommes l’attrait de la concupiscence n’a-t-il pas séduits, en leur présentant, sous une apparence favorable, des plaisirs qui leur ont donné la mort ! ils ignoraient que le poison est caché dans les mets les plus délicats.

Crains également les pièges cachés de la faim et ceux de la satiété. Souvent une faim violente est pire encore que les maux qui suivent l’excès de la nourriture.

Que tes yeux qui ont été remplis de crimes se purifient par des larmes abondantes ; et ne quitte jamais l’asile de la repentance.

Résiste à la concupiscence et à Satan, et sois rebelle à leurs suggestions ; quand même ils te donneraient des conseils sages en apparence, tiens-les toujours pour suspects. Ne leur obéis jamais, soit qu’ils manifestent la malice d’un ennemi, ou qu’ils se couvrent des apparences d’une impartiale justice; car tu connais les pièges que tendent et ces ennemis manifestes, et ces conciliateurs insidieux.

Je demande pardon à mon Dieu de ce que mes discours ne sont point accompagnés d’une conduite qui leur soit conforme. Mon inconséquence est la même que si j’attribuais une postérité à un homme que la nature aurait frappé de stérilité.

Je t’ai donné des leçons de vertu dont moi-même je n’ai pas fait la règle de mes actions. Je n’ai point redressé ma conduite, m’appartient-il de te dire : Redresse-toi?

J’ai négligé d’amasser avant la mort une provision de bonnes œuvres pour le temps de mon voyage. Je n’ai ajouté ni prières ni jeûnes à ceux dont l’obligation est d’une indispensable nécessité.

J’ai criminellement omis de me conformer à l’exemple de celui qui vivifiait les nuits en les passant en prières, jusque-là que ses pieds fatigués par la longueur de ses veilles en contractaient des tumeurs douloureuses; qui, épuisé par des jeûnes assidus, était obligé de serrer par des ligatures ses entrailles affamées, et de comprimer avec des pierres la peau fine de ses flancs délicats.

Des montagnes d’or d’une élévation prodigieuse ont sollicité l’honneur de lui appartenir; mais il leur a fait voir quelque chose de bien plus élevé, par son mépris pour les biens de ce monde. La nécessité qui le pressait ajoutait un nouveau mérite à son détachement ; les suggestions du besoin ne purent triompher de son désintéressement. Que dis-je ? le besoin pouvait-il inspirer le désir des biens de ce mondé, à celui sans lequel le monde ne serait jamais sorti du néant?

Mouhammad est le prince des deux mondes, des hommes et des génies, le souverain des deux peuples, des Arabes et des barbares. Il est notre prophète, qui nous prescrit ce que nous devons faire, et nous défend ce que nous devons éviter. Il est le plus véridique de tous les hommes, soit qu’il affirme, soit qu’il nie. Il est l’ami de Dieu ; il est celui dont l’intercession est l’unique fondement de notre espoir et notre ressource contre les dangers les plus affreux. Il a appelé les mortels à la connaissance de Dieu, et quiconque s’attache à lui s’attache à une corde qui n’est point sujette à se rompre. Il a surpassé tous les autres prophètes par l’excellence de ses qualités extérieures et de ses qualités morales. Aucun d’eux n’approche de lui en science ni en vertu. Chacun d’eux sollicite de l’apôtre de Dieu une gorgée de la mer de sa science, ou une goutte des pluies abondantes de sa vertu. Ils se tiennent près de lui dans le rang qui leur convient, n’étant en comparaison de sa science, et au prix de sa sagesse, que ce qu’est un point ou un accent dans l’écriture.

C’est lui qui est parfait par les qualités de son cœur et par les grâces de sa personne. Le créateur des âmes l’a choisi pour ami. Il ne partage avec aucun autre ses qualités incomparables ; il possède toute entière et sans partage la substance même de l’excellence.

Laisse là ce que les chrétiens débitent faussement de leur prophète : cela seul excepté, use d’une liberté sans bornes dans les éloges que tu donneras à Mouhammad. Vante autant qu’il te plaira l’excellence de sa nature, relève autant que tu le voudras l’éminence de ses mérites ; car l’excellence de l’apôtre de Dieu ne connaît point de bornes, et il n’est personne dont les paroles puissent dignement l’exprimer. Si la grandeur de ses miracles répondait à l’éminence de son mérite, la seule invocation de son nom rendrait la vie aux ossements depuis longtemps desséchés.

Par l’amour qu’il nous a porté, il n’a point voulu nous mettre à une épreuve dangereuse, en nous enseignant des choses auxquelles notre intelligence ne pût atteindre. Nous n’avons éprouvé ni doute ni soupçon sur la vérité de sa doctrine.

Les hommes s’efforceraient en vain de comprendre l’excellence de ses qualités intérieures ; il n’en est aucun soit proche soit éloigné qui ne soit incapable d’y atteindre. Tel le soleil vu de loin ne paraît pas dans sa véritable grandeur, et, regardé de près, éblouit la vue. Et comment pourraient, en ce monde, atteindre à la connaissance parfaite de ce qu’est ce grand prophète, des mortels plongés dans le sommeil, qui se contentent des songes de leur imagination?

Tout ce qu’on peut savoir de lui t c’est qu’il est homme, et la plus excellente des créatures de Dieu.

Tous les miracles qu’ont fait les saints envoyés de Dieu, n’étaient qu’une communication de la lumière de ce prophète. Il est lui seul le soleil de l’excellence, les autres ne sont que les planètes qui dépendent de ce soleil, et qui réfléchissent ses rayons lumineux sur les mortels, au milieu des ténèbres.

Combien est digne d’admiration la figure de ce prophète, dont les charmes sont relevés par ses qualités intérieures, qui réunit toutes les grâces, qui a pour caractère distinctif la douceur et l’aménité de ses traits. Il réunit à la beauté délicate d’une fleur, la grandeur majestueuse de la lune. Sa générosité est vaste comme la mer, ses desseins sont grands et fermes comme le temps. Lors même qu’il est seul, la majesté de son visage rend son aspect aussi redoutable à ceux qui le rencontrent, que s’il avait autour de lui une armée et de nombreuses cohortes.

On dirait que les organes qui produisent en lui la parole et le sourire, sont des perles cachées au fond de la nacre. Aucun parfum n’égale l’odeur suave de la terre qui couvre ses os; heureux qui respire cette odeur, qui couvre cette terre de baisers!

L’instant même de sa naissance a fait connaître l’excellence de son origine. Qu’ils sont précieux les premiers et les derniers moments de son existence !

En ce jour les Perses ont reconnu par des pronostics certains, l’annonce des malheurs et de la vengeance qui allaient tomber sur eux. Le portique de Chosroès renversé au milieu de la nuit annonça par sa chute la division qui allait ruiner la famille des souverains de cet empire, sans aucun espoir de réunion. Le feu sacré, dans la douleur où le plongeait cet événement, vit s’éteindre sa flamme, et le fleuve, troublé par la frayeur, oublia sa source accoutumée.

Sava s’affligea sur la disparition de ses eaux que la terre avait englouties, et celui qui venait y étancher sa soif s’en retourna transporté de colère et d’indignation.

Il semblait qu’en ce jour la violence de l’affliction eût transporté au feu l’humidité naturelle à l’élément aqueux, et à l’eau l’ardeur desséchante du feu.

Alors les génies poussèrent des hurlements, des lumières éclatantes s’élevèrent et se répandirent dans l’atmosphère, la vérité se manifesta par des signes muets et par des paroles. Mais ils ont été aveugles et sourds, les impies : les annonces les plus claires des heureux événements qui allaient arriver, ils ne les ont point entendues; les signes les plus éclatants des maux dont le ciel les menaçait, ils n’y ont point fait attention, après même que les peuples ont été avertis par leurs devins que leurs religions erronées allaient, être détruites; après qu’ils ont vu dans les. cieux des flammes se détacher et se précipiter en bas, de même que sur la terre leurs idoles se renversaient.

Poursuivis par ces flammes, les démons prirent la fuite à l’envi les uns des autres, obligés d’abandonner la route céleste par laquelle la révélation se communique aux mortels. A voir leur fuite précipitée, on eût dit, que c’étaient les guerriers de l’armée d’Abraha, ou les troupes infidèles mises en fuite par les cailloux que lancèrent sur elles les mains du Prophète à la journée de Bedr, lorsque ces cailloux, après avoir chanté les louanges de Dieu dans ses mains, furent lancés contre l’ennemi, semblables à Jonas jeté hors des entrailles du monstre qui l’avait dévoré, après que, dans son sein, il avait invoqué le nom de Dieu.

A l’ordre de Mouhammad, les arbres sont venus se prosterner devant lui ; sans pieds et portés seulement sur leur tige, ils s’avançaient vers le Prophète. De même que le crayon trace sur le papier la ligne qui doit servir de règle à l’écrivain, ainsi leur tronc semblait en marchant décrire une ligne droite, sur laquelle leurs branches, en sillonnant la poussière, devaient tracer au milieu de la route une écriture merveilleuse. Semblables dans leur obéissance à ce nuage officieux qui suivait l’apôtre de Dieu en quelque endroit qu’il portât ses pas, pour le défendre des feux du soleil dans la plus grande chaleur du jour.

J’en jure par la lune qui, à son ordre, se fendit en deux ; le prodige qui s’opéra alors sur cet astre, est pareil à celui qui s’était opéré sur le cœur du Prophète lorsque les anges l’avaient ouvert pour le purifier; et cette ressemblance est si parfaite que l’on peut légitimement l’assurer avec serment.

Les yeux des incrédules frappés d’aveuglement n’ont point vu ce que la caverne renfermait de vertus et de mérites La justice même et l’ami fidèle étaient cachés dans la caverne sans que personne les aperçût, et les impies disaient : Assurément il n’y a personne dans cette caverne. Ils ne s’imaginaient pas que des colombes voltigeassent autour de la créature la plus excellente, et qu’une araignée la couvrit de sa toile. La protection de Dieu lui a tenu lieu de la cotte de mailles la plus épaisse, et de la forteresse la plus inaccessible.

Jamais, dans les injustices que j’ai éprouvées de la fortune, je n’ai eu recours à l’assistance de Mouhammad, que je n’aie trouvé en lui un patron dont la protection est invincible. Jamais je n’ai désiré recevoir de sa main aucun bien temporel pu spirituel, que cette main, la plus excellente que l’on puisse baiser, ne m’ait accordé quelque don de sa libéralité.

Ne fais aucune difficulté de reconnaître sa vision nocturne pour une véritable révélation ; car le cœur de ce Prophète ne dort pas, lors même que ses yeux sont fermés par le sommeil. Dès lors il avait atteint l’âge parfait pour la mission prophétique, et l’on ne doit lui refuser aucun des avantages qui conviennent à l’âge parfait.

Combien de maladies a guéries le seul attouchement de sa main! combien de malheureux elle a délivrés des mains de la folie !

Vivifiée par l’efficacité de ses prières, l’année de la plus grande sécheresse s’est distinguée au milieu des temps de disette, par une abondante fertilité, semblable à cette étoile blanche qui brille sur le front d’un cheval, au milieu des crins noirs qui l’environnent de toute part. Les nuages l’ont fécondée par leurs eaux abondantes, et l’on eût dit que les vallées étaient devenues un bras de mer, ou des torrents échappés de leurs digues.

Laisse-moi, que je chante les oracles de ce Prophète. Ils ont paru ces oracles avec un éclat pareil à celui que jettent, au milieu de la nuit et sur le sommet d’une montagne, les feux qu’allume une main généreuse pour attirer le voyageur dans sa demeure hospitalière.

La perle reçoit, il est vrai, quelque augmentation de beauté de la main habile qui l’emploie à former un collier ; mais lors même qu’elle n’est pas mise en œuvre, elle ne perd rien de son prix. Pour moi je n’espère pas de pouvoir atteindre dans mes chants l’excellence des vertus et des qualités naturelles de cet auguste envoyé du Très-Haut.

Ces oracles, oracles de la vérité, émanés du Dieu de miséricorde, ont été produits dans le temps; mais en tant qu’ils sont un attribut de celui dont l’essence est éternelle, ils sont eux-mêmes aussi anciens que l’éternité, sans qu’on puisse leur assigner aucune époque ; ils nous instruisent cependant et de ce qui doit arriver au dernier jour, et des événements des siècles d’Ad et d’Irem. Ils sont un miracle toujours existant près de nous, bien supérieurs en cela aux miracles des autres prophètes dont l’existence n’a été que d’un instant. Leur sens clair ne laisse aucun doute dont puissent abuser ceux qui se séparent de la vérité, et il n’est pas besoin d’arbitre pour fixer leur signification. Jamais ils n’ont éprouvé d’attaque, que l’ennemi le plus envenimé n’ait abandonné le combat pour leur faire des propositions de paix. Leur sublime éloquence repousse toutes les entreprises de quiconque ose les attaquer, comme un homme jaloux repousse la main téméraire qui veut attenter à l’honneur de ses femmes. L’abondance des sens qu’ils renferment est pareille aux flots de la mer; ils surpassent en prix et en beauté les perles que recèle l’Océan. Les merveilles qu’on y découvre ne sauraient être comptées; quoiqu’on les relise souvent, jamais ils ne causent de dégoût. Ils répandent la joie et la vie sur les yeux de quiconque les lit : ô toi qui jouis de ce bonheur, tu as saisi une corde qui est Dieu même, garde-toi de la laisser échapper de tes mains. Si tu les lis pour y trouver un refuge contre les ardeurs du feu de l’enfer, les eaux fraîches du livre sacré éteindront les flammes infernales. Ainsi la piscine du Prophète blanchira le visage des pécheurs, fussent-ils noirs comme le charbon avant de se plonger dans ses eaux. Droits comme le pont Sirath, justes comme la balance dans laquelle seront pesées les œuvres des mortels, eux seuls sont la règle et la source unique de toute justice parmi les hommes. Ne t’étonne pas que l’envieux méconnaisse leur mérite, agissant ainsi en insensé, quoiqu’il soit plein de discernement et d’intelligence : ne vois-tu pas que l’œil altéré méconnaît l’éclat du soleil, et que la bouche d’un malade ne reconnaît plus la saveur de l’eau?

O toi, le plus excellent de tous ceux dont les indigents visitent la cour, vers lequel ils se rendent en foule soit à pied, soit sur le dos d’un chameau dont les pieds impriment de profondes traces sur la poussière, toi, le plus grand de tous les prodiges pour l’homme capable de réflexion, le plus précieux bienfait de la divinité pour quiconque sait le mettre à profit ! En une seule nuit tu as été transporté du sanctuaire de
la Mecque au sanctuaire de Jérusalem : ainsi la lune parcourt la voûte céleste au milieu des plus épaisses ténèbres. Tu n’as cessé de t’élever jusqu’à ce que tu aies atteint un degré auquel nul mortel ne saurait prétendre ; la longueur de deux arcs seulement te séparait de la divinité.

Tous les prophètes, tous les envoyés de Dieu ont reconnu ta supériorité ; ils t’ont cédé le pas, comme le serviteur se tient derrière son maître. Entouré de cette vénérable cohorte parmi laquelle tu paraissais comme le porte-enseigne, tu as traversé l’espace des sept cieux, ne laissant devant toi aucune place plus proche de la divinité, au-dessus de toi aucun degré plus élevé que celui où tu es parvenu. Tu as rendu tout autre rang vil et méprisable, en comparaison de celui que tu occupais lorsque Dieu lui-même t’a appelé par ton nom, comme on appelle celui qui est distingué par son mérite, et qu’il t’a invité à venir jouir de l’union la plus inaccessible aux regards des mortels, et de la vue du secret le plus impénétrable.

Tu as réuni toute sorte de gloire en ta personne, sans la partager avec qui que ce soit. Il n’est aucun lieu que tu n’aies traversé, sans y trouver de concurrent.

Sublime degré que celui auquel tu as été élevé ! éminentes faveurs que celles dont tu as été comblé !

Disciples de l’islam, que notre sort est heureux! nous avons, dans la protection de Dieu même, une ferme colonne que rien ne peut renverser.

Celui qui nous a appelés au culte de Dieu a été déclaré par Dieu même le plus excellent des envoyés : nous sommes donc aussi le plus excellent de tous les peuples.

La seule nouvelle de sa mission a jeté l’épouvante dans le cœur de ses ennemis : tel un troupeau d’imbéciles brebis fuit en désordre au seul rugissement du lion. Partout où il a repoussé leurs attaques, il les a laissés percés de ses lances et étendus sur le champ de bataille, comme la viande sur l’étal d’un boucher. La fuite a été l’objet de leurs vœux, ils portaient envie à ceux dont les membres déchirés étaient enlevés en l’air par les aigles et les vautours. Les jours et les nuits se succédaient et s’écoulaient sans que l’effroi dont ils étaient saisis leur permit d’en connaître le nombre, à l’exception des mois sacrés où la guerre est suspendue. La religion était pour eux comme un hôte importun descendu dans leur demeure, suivi d’une foule de braves tous altérés du sang de leurs ennemis, traînant après lui une mer de combattants montés sur d’agiles coursiers, une mer qui vomissait des flots de guerriers dont les rangs pressés se choquaient et se heurtaient à l’envi, tous dociles à la voix de Dieu, tous animés par l’espoir de ses récompenses, enflammés du désir d’extirper et d’anéantir l’impiété. La religion musulmane qui était d’abord comme étrangère parmi eux, et l’objet de leur mépris, est, pour ainsi dire, devenue par l’effet des armes victorieuses de ce grand Prophète, leur proche parente, et le plus cher objet de leur amour. Dieu a assuré pour toujours parmi eux le secours d’un père et les soins attentifs d’un époux à cette religion auguste ; jamais elle n’a éprouvé le triste sort de l’orphelin, ou l’abandon du veuvage.

Ces défenseurs de la religion ont été aussi fermes et aussi inébranlables que des montagnes. Demande à leurs adversaires ce qu’ils ont éprouvé de la part de ces braves dans chacun des lieux qui ont été le théâtre de leur courage. Interroge Honeïn, Bedr et Ohod, ces lieux où les ennemis de la religion ont succombé à un fléau mortel plus terrible que la peste.

Les glaives de ces soutiens de l’islam qui, avant le combat, étaient d’une blancheur éclatante, sont sortis rouges de l’action, après s’être abreuvés dans la gorge de leurs ennemis qu’ombrageait une épaisse forêt de cheveux.

Les flèches que distinguent des raies noires et dont Alkhatt a armé leurs mains, ont tracé une écriture profonde sur les corps de leurs adversaires ; leurs lances, ces plumes meurtrières, n’ont laissé aucun corps exempt de leurs atteintes ; aucune lettre n’est demeurée sans point diacritique.

Ces nobles combattants, hérissés de leurs armes, ont un caractère de piété qui les distingue de leurs ennemis: ainsi le rosier se distingue par ses épines, du bois de sélam qui n’est bon qu’à être la pâture du feu. Les vents qui t’apportent leur odeur, sont les garants d’une victoire assurée : chacun de ces guerriers, au milieu des armes qui le couvrent, semble une fleur au milieu de son calice. Fixés sur le dos de leurs coursiers ; ils y demeurent aussi immobiles qu’une plante qui a crû sur une colline : c’est la fermeté de leur cœur qui les attache, et non la solidité de leurs sangles. Leurs ennemis saisis d’effroi, perdent l’usage de la raison ; ils ne sont plus capables de distinguer un troupeau de faibles agneaux, d’un escadron de cavalerie.

Quiconque a pour appui l’assistance de l’apôtre de Dieu, réduira au silence les lions mêmes dans les marais qui leur servent de retraite.

Jamais vous ne verrez aucun de ses amis privé de la victoire, ni aucun de ses ennemis qui ne soit vaincu. Il a assuré à son peuple, dans la forteresse de la religion, une demeure tranquille, comme le lion habite sans crainte avec ses lionceaux dans des marais inaccessibles.

Combien de disputeurs audacieux que, par le ministère de ce prophète, les paroles de Dieu ont terrassés? Combien d’adversaires ont été subjugués par ses arguments victorieux ?

Te faut-il un autre prodige qu’une science si vaste dans un homme sans lettres, au milieu des siècles de l’ignorance, que tant de connaissances dans un orphelin ?

En lui offrant ce tribut de louanges, je me flatte d’obtenir la rémission des péchés d’une vie passée dans les frivolités de la poésie et dans le service des grands. Ces vaines occupations ont orné mon cou d’une félicité passagère dont les suites fâcheuses sont le sujet de mes justes alarmes : ainsi l’on pare une brebis destinée à servir de victime. En me livrant à ces frivoles amusements j’ai suivi la séduction de la jeunesse ; le crime et le repentir, voilà les fruits que j’en ai recueillis.

O mon âme ! ton négoce t’a ruinée entièrement; tu n’as pas su acheter les biens de la religion au prix des choses de ce monde. Celui qui vend sa félicité future pour s’assurer un bonheur présent, fait un échange funeste, et souffre une perte incalculable.

Quand je commettrais une faute, je ne perdrais pas pour cela tous mes droits à la protection de ce prophète : la corde à laquelle je me suis attaché, ne sera pas rompue sans ressource. J’ai droit à le regarder comme mon patron, puisque je porte le nom de Mahomet; et personne ne respecte plus que lui les droits de la clientèle.

Si, au jour de la résurrection, il ne me prend pas la. main avec une bonté pleine de tendresse, tu pourras dire de moi que j’avais appuyé les pieds sur un lieu glissant ; mais loin de lui cette infidélité que quiconque a espéré en sa bonté, soit frustré de son espoir ; que celui qui a cherché un asile près, de lui, n’éprouve pas les effets de sa protection !

Depuis que mon esprit s’occupe de chanter ses louanges, j’ai reconnu qu’il prend le soin le plus tendre de mon salut.

Jamais ses libéralités ne manquent d’enrichir la main de l’indigent : ainsi la pluie fait éclore les fleurs sur les collines.

Je ne désire point de recevoir de lui les biens frivoles de ce monde, pareils à ceux dont Harim, fils de Sénan, payait les vers que Zohaïr chantait à sa louange.

O le plus excellent des êtres créés ! Quel autre que toi prendrai-je pour refuge en ce moment terrible, commun à tous les mortels? Apôtre de Dieu, ta gloire ne sera point ternie par le secours que tu m’accorderas, au jour où Dieu se manifestera sous le nom de vengeur : car ce monde et le monde futur sont des effets de ta libéralité, et tous les décrets tracés par la plume éternelle sur les tablettes du Très-Haut, font partie de tes connaissances.

O mon âme, que la grandeur de tes fautes ne te jette pas dans le désespoir ; les plus grands crimes sont, par rapport à la clémence divine, comme les fautes les plus légères. Au jour où le Seigneur distribuera ses miséricordes, sans doute il daignera les proportionner aux péchés de ceux qui l’auront offensé.

O mon Dieu ! ne permets pas que je sois trompé dans mon espérance ; ne permets pas que je sois déçu dans mes calculs ! Qu’en ce monde et en l’autre ta bonté se fasse sentir à ton esclave; car tout courage l’abandonne aussitôt que les dangers le menacent.

Ordonne aux nuées de tes faveurs de se répandre toujours avec abondance sur ton prophète, et de verser sur lui sans interruption leurs eaux salutaires, aussi longtemps que le souffle des zéphyrs agitera les rameaux du ban; aussi longtemps que les conducteurs des chameaux charmeront leurs fatigues par des chansons.

Fais la même grâce à ses descendants, à ses compagnons, et à ceux qui leur ont succédé, à ces hommes distingués par leur piété, leur pureté, leur science, et la noblesse de leurs sentiments. » 

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